Diplômé de Gobelins, Yann est un animateur polyvalent spécialisé dans le storyboard et la création de décors. Depuis 2007 il travaille sur de nombreux projets d’animation, séries et films, à cheval entre la France et le Japon.


  • Quelle formation as-tu et qu’est-ce qui t’a amené à travailler au Japon ?

Après un bac S, j’ai suivi une formation généraliste de 3 ans à l’école Pivaut à Nantes ; puis j’ai intégré la section dessin d’animation aux Gobelins en 2004. J’ai obtenu mon diplôme en 2007.
J’ai travaillé en France un an, avant d’être embauché au studio Satelight à Tokyo pour travailler sur la série Basquash! à partir d’octobre 2008.

Designs de décor sur la série japonaise Basquash! © Shoji Kawamori / Thomas Romain / Satelight / Basquash! production committee / MBS

Designs de décor sur la série japonaise Basquash!
© Shoji Kawamori / Thomas Romain / Satelight / Basquash! production committee / MBS

  • Brièvement, quel est ton parcours au Japon et quel job as-tu actuellement ?

J’ai travaillé un an à temps plein sur Basquash! en tant que layoutman décor. Après une petite parenthèse de 3 mois au studio Ankama Japon, j’ai continué à travailler chez Satelight sur divers projets de séries au poste de designer décor. J’ai quitté mon poste fin 2011, et suis rentré en France où j’ai pu diversifier un peu mes activités (storyboard, illustration, décor couleur). Grâce à mes contacts, j’ai eu l’occasion de continuer à travailler ponctuellement avec le Japon (en 2013 sur No Game No Life avec Madhouse, en 2014 sur Sidera avec Yapiko).

Design de décor sur la série japonaise No Game No Life. © 2014 榎宮祐・株式会社KADOKAWA メディアファクトリー刊/ノーゲーム・ノーライフ全権代理委員会

Design de décor sur la série japonaise No Game No Life.
© 2014 榎宮祐・株式会社KADOKAWA メディアファクトリー刊/ノーゲーム・ノーライフ全権代理委員会

Je suis revenu à Tokyo en 2015, et j’y travaille actuellement en tant que designer/directeur artistique principalement. J’ai récemment participé au pilote de Cannon Busters comme chef décorateur et a la série française Lastman en tant que storyboadeur depuis le Japon.

  •  Les débuts ont-ils été difficiles ?

Grâce à Thomas Romain et Satelight, j’ai eu la chance de pouvoir bénéficier d’un environnement et de conditions de travail très favorables à mon arrivée. Salaire fixe, confortable, et pas d’obligation d’apprendre la langue puisque je travaillais sous la houlette de Thomas qui assurait la communication avec l’équipe japonaise. Le rythme de travail était assez intense sur la première année (parfois jusqu’à 12~13h par jour, samedi compris), mais dès que je suis passé au poste de designer en préproduction, le rythme est devenu tout à fait vivable (8~9h de travail par jour en moyenne).

Layout sur la série japonaise La Croisée dans un Labyrinthe étranger. ©KADOKAWA CORPORATION/異国迷路のクロワーゼ制作委員会

Layout sur la série japonaise La Croisée dans un Labyrinthe étranger.
©KADOKAWA CORPORATION/異国迷路のクロワーゼ制作委員会

  • Niveau communication et japonais, comment ça se passe pour toi ?

Rapidement après mon arrivée en 2008, j’ai senti que j’avais envie de rester vivre et travailler au Japon pendant longtemps. Donc j’ai fait l’effort d’apprendre la langue autant que je pouvais, même sans avoir la nécessité absolue de parler japonais au travail (puisque travaillant dans une équipe française). J’ai appris principalement par moi-même, sur place, grâce à des livres et en discutant avec des amis japonais. Je n’ai jamais passé de test donc j’ignore le niveau que je possède (entre 3 et 2 kyu ?). J’arrive à me débrouiller dans les conversations de tous les jours et au travail, même si j’ai encore beaucoup de lacunes.

  • Arrives-tu à vivre correctement de ce métier ?

Oui, mais encore une fois je pense que j’ai la chance de pouvoir bénéficier de conditions plus favorables que la moyenne (employé avec un salaire fixe).

Décor clef sur la partie Sidera du long métrage Lou! Journal infime.

Décor clef sur la partie Sidera du long métrage Lou! Journal infime.

  • Es-tu satisfait de ce choix de carrière ? Qu’est-ce que tu trouves ici, au Japon, que tu ne penses pas trouver ailleurs ? Quels sont les points forts de l’industrie japonaise ?

J’aime le fait d’avoir un pied au Japon et l’autre en France (même si c’est compliqué au niveau logistique). J’apprécie avant tout le type d’animation qui est produite au Japon : animation 2D réaliste ou semi-réaliste, plutôt à destination d’un public ado/adulte, principalement du long format (séries feuilletonnantes ou longs-métrages). De nombreux projets ont pour cadre des univers fictifs de fantasy ou de science-fiction, ce qui rend le travail de designer décor plus important et intéressant. Les équipes sont souvent très réduites, ce qui permet plus de souplesse et donne davantage d’importance au travail d’une personne sur un projet (il y a, du coup, plus de responsabilités au niveau individuel également).
Enfin, le Japon a produit beaucoup d’œuvres d’animation très marquantes, et de nombreux artistes au talent incroyable évoluent dans ce milieu. Il y a une grande exigence de qualité qui met parfois la pression, mais qui nous pousse toujours à progresser.

  • Et quels sont ses points faibles d’après toi ?

Les salaires excessivement bas pour les débutants, le rythme de travail parfois trop intense (même si en préproduction on est relativement à l’abri), une surproduction et un terrible manque d’originalité dans les productions actuelles ; ainsi on trouve beaucoup trop de projets aux histoires et aux personnages inconsistants, et qui reposent uniquement sur le fan service pour attirer le public otaku. Enfin, un manque d’ouverture d’esprit et de grandes difficultés à s’adapter au marché étranger.

Yann s'est occupé de la direction des décors du pilote de la série Cannon Busters. © 2016 Make Stuff, LLC

Yann s’est occupé de la direction des décors du pilote de la série Cannon Busters.
© 2016 Make Stuff, LLC

  • As-tu l’intention de rester encore longtemps ? Comment vois-tu l’avenir ?

Je ne sais pas encore, ça dépendra des opportunités qui s’offriront à moi. Comme je le disais plus haut, j’aime le fait d’être à cheval entre la France et le Japon.

  • Quels sont les conseils que tu pourrais donner à ceux qui voudraient tenter leur chance au Japon ?

Apprenez le japonais. C’est primordial, intéressant et pas aussi dur qu’on le dit.
Travaillez beaucoup et regulièrement afin d’avoir le meilleur niveau possible en dessin. Il faut être capable de dessiner rapidement et précisément dans un style réaliste… Observez et essayez de vous adapter au style de dessin des productions japonaises.

Communiquez avec les gens du milieu et essayez de faire connaître votre travail (si vous n’êtes pas sur place, utilisez les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook).