Studio fondé a la fin des années 90, Satelight occupe une place de choix auprès des fans d’animation japonais grâce à des succès populaires comme Macross Frontier. Une de ses particularités est d’avoir en son sein une equipe de designers français, et d’être plus ouvert aux collaborations internationales. Thomas Romain qui travaille pour ce studio depuis 2006 nous en fait une présentation.


  • Pour commencer, pourrais-tu nous décrire brièvement le studio Satelight ?

Je vais plutôt commencer par dresser un petit tableau rapide de l’industrie, ce sera plus facile pour nous situer.

Il y a plusieurs centaines de sociétés qui travaillent dans le secteur de l’animation au Japon, entre 400 et 500. Ces entreprises sont presque toutes situées dans la partie ouest de Tokyo. Le plus gros studio, le géant de l’industrie, est Toei Animation ; viennent ensuite environ 20 à 30 sociétés de production de taille relativement importante, capables de superviser la fabrication de séries ou de films de A à Z. Les quelques centaines de plus ou moins petites sociétés restantes emploient généralement un nombre de personnes assez réduit (d’une poignée jusqu’à quelques dizaines), souvent spécialisées dans des tâches plus précises ; on trouve ainsi par exemple des studios qui ne s’occupent que d’animation, de décor ou de compositing.

Satelight se trouve dans le groupe des sociétés de production les plus importantes. On y produit des dessins animés depuis le développement du projet jusqu’à la livraison, en passant par toutes les étapes comme le design, l’animation ou le montage. Le studio a été fondé il y a une vingtaine d’années et produit chaque année autour de 3 ou 4 séries pour la télévision.

  • Sur quel genre de projets travaillez-vous ?

Nous produisons principalement des séries en animation 2D. Une partie de nos séries sont des adaptations de mangas à succès (Fairy Tail…) ou de light novels (Bodacious Space Pirates, Log Horizon…), mais nous essayons autant que possible de développer également des créations originales (Basquash !, Aquarion…).

Aquarion Evol © Shoji Kawamori / Satelight/ Project AQUARION EVOL

Aquarion Evol
© Shoji Kawamori / Satelight/ Project AQUARION EVOL

Le pilier créatif et principal réalisateur de Satelight est Shoji Kawamori, le créateur de la saga Macross (plus connue en France sous le nom de Robotech). Kawamori-san est un mecha designer très renommé, qui donne une couleur SF à la plupart de nos productions. Nos séries originales tournent souvent autour de concepts mettant en scène des robots.

Shōji Kawamori Photo: V-STORAGE online / BANDAI VISUAL

Shōji Kawamori
Photo: V-STORAGE online / BANDAI VISUAL

Nous sommes donc également en charge des nouvelles séries Macross (depuis Macross zero il y a une douzaine d’années). Ce sont des programmes extrêmement populaires au Japon.

En plus de cela, nous produisons régulièrement des films plus courts comme des openings de jeu vidéo ; notre équipe design est également mise à contribution sur des projets variés, qui s’étendent du développement de jouets au concept art dans le domaine du jeu vidéo ou du long-métrage.

Nous avons un large réseau de clients qui nous permettent d’être alimentés constamment en contrats divers. Cette variété est très appréciable car elle nous oblige à être polyvalents et créatifs, mais elle exige aussi un bon management.

En outre, Satelight étant une filière du groupe Sankyo, nous avons un département complet dédié au développement d’animations et d’effets pour pachinko.

 Qu’est ce qui vous différencie des autres studios ?

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, une de nos spécificités était d’avoir un département 3D en interne pour nous occuper des séquences de combat aériens ou de combat de robots. Mais la technologie 3D s’étant grandement développée au sein des autres studios, notre avance dans ce domaine est devenue moins significative.

Ce qui nous différencie avant tout est la présence de Shoji Kawamori qui donne le ton sur bon nombre de nos productions originales, un mélange de thèmes SF avec une approche souvent décalée et surprenante. Nos séries ne se prennent pas au sérieux, et tentent d’aller à la rencontre des attentes des fans tout en essayant de sortir des sentiers battus… Un équilibre difficile. Ce n’est pas tout le temps évident car les séries originales ont souvent du mal à trouver leur public, mais nous essayons au moins de nous faire plaisir !

L’autre chose qui fait notre particularité est notre équipe de designers français.

  • Y a-t-il beaucoup de Français qui travaillent à Satelight ?

Nous avons une équipe de quatre à cinq créatifs français en permanence. Cela semble peu mais au Japon, les étrangers sont rares. De plus, les designers sont habituellement employés en free-lance uniquement sur la durée d’une production. Notre « France Team » est donc vraiment unique.

Selon les projets, il peut nous arriver d’embaucher plus de monde. Pendant la production de Basquash !, nous avons été jusqu’à huit Français ; nous avions même pris en plus quelques jeunes en stage pour nous prêter main-forte durant cette période très intensive.

 

Basquash! © Shoji Kawamori / Thomas Romain / Satelight / Basquash! production committee / MBS

Basquash!
© Shoji Kawamori / Thomas Romain / Satelight / Basquash! production committee / MBS

  • Quel est le rôle de la France Team ?

Selon les projets, notre rôle peut varier. Il peut s’agir de développement graphique sous forme de concept designs, ou bien de designs de production, principalement en décor, props et robots.

Nous travaillons aussi directement en production au poste de layout, mais seulement sur des séquences particulières (généralement les plans aux décors les plus complexes, ou ceux qui nécessitent un certain travail de design). Parfois, il nous arrive de nous occuper aussi de la supervision des décors couleur sur des projets plus courts, ou de réaliser des illustrations.

Designs réalisés par la France Team. ©サテライト/AKB0048製作委員 ©KADOKAWA CORPORATION/異国迷路のクロワーゼ制作委員会 ©2014 川口士・株式会社KADOKAWA メディアファクトリー刊/魔弾の王と戦姫製作委員会 © 2015, Big West, Macross Delta production committee

Designs réalisés par la France Team.
©サテライト/AKB0048製作委員 ©KADOKAWA CORPORATION/異国迷路のクロワーゼ制作委員会
©2014 川口士・株式会社KADOKAWA メディアファクトリー刊/魔弾の王と戦姫製作委員会 © 2015, Big West, Macross Delta production committee

La plupart du temps, nous sommes mis à contribution sur les projets originaux de Satelight, ceux qui ont le plus besoin de créativité et d’originalité. Nous ne travaillons que très rarement sur les dessins animés qui sont adaptés de mangas, car l’univers étant déjà défini graphiquement, nos compétences en design ne sont pas nécessaires.-

  • Comptez-vous embaucher des Français au cours des années à venir ?

Oui ! Car d’une part, comme les besoins sont importants, nous cherchons à faire grossir l’équipe design petit à petit. Et d’autre part, les Français que nous embauchons ne souhaitant pas nécessairement rester indéfiniment au Japon, il nous est nécessaire de trouver des remplaçants quand nos artistes quittent le pays.

Mais il n’est pas facile de trouver des personnes bien adaptées à nos besoins. Il faut avoir envie de vivre au Japon pendant plusieurs années, prêt à être un peu moins bien payé qu’en France alors qu’on demande plus d’heures de travail, et surtout avoir de bonnes compétences en décor réaliste et un intérêt pour la SF. En plus de cela, on demande aussi aux recrues de se mettre sérieusement au japonais. Bref, le choix dans les candidats est très réduit !

Nous pouvons aussi embaucher des animateurs, mais les conditions sont encore plus sévères. Les animateurs doivent parler japonais et être prêts à travailler très dur pour une paye très petite. Pour l’instant seule une toute petite poignée d’animateurs français ont travaillé chez nous, sur des durées assez courtes.

La philosophie de l’animation au Japon est de plus très différente. En France, on aime faire bouger des personnages simples et stylisés, et utiliser beaucoup de poses-clés. Au Japon, on dessine très peu de poses-clés mais les personnages sont réalistes et souvent très détaillés. Je dirais que de nos jours, pour faire une bonne carrière en tant qu’animateur sur de la série, il est préférable d’être un très bon dessinateur fort en layout. Les gens qui aiment les courbes d’anim et le mouvement risquent d’être malheureux, ou alors de ne pas s’en sortir ; car on ne paie pas au nombre de poses-clés ou au jour de travail, mais au nombre de plans animés. Il vaut donc mieux aller à l’essentiel et se contenter de mouvements simples, ou du moins se contraindre à les décrire avec un minimum de poses.

L'un des bâtiments qu'occupe Satelight, à Tokyo dans le quartier d'Asagaya.

L’un des bâtiments qu’occupe Satelight, à Tokyo dans le quartier d’Asagaya.

 

  • Prenez-vous des stagiaires étrangers ?

Il nous arrive régulièrement de prendre des stagiaires l’été, en effet. Une convention de stage est obligatoire, donc c’est un peu difficile pour les gens qui ne suivent pas de cursus en école d’animation. Nous sommes aussi limités par la place et les PC disponibles, donc c’est au cas par cas.

  • Quels sont les projets à venir chez Satelight ?

Nous enchaînons les séries TV sans relâche, beaucoup de projets sont à venir. Mais les temps de production étant courts et les choix guidés par les tendances du moment, nous savons rarement sur quoi nous allons travailler plus d’un an à l’avance. Nous avons la chance d’avoir une industrie très dynamique ; dans l’anime, c’est le plein emploi.

 

Macross Delta © 2015, Big West, Macross Delta production committee

Macross Delta
© 2015, Big West, Macross Delta production committee

  • Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes étudiants et professionnels qui aimeraient travailler dans un studio comme le vôtre ?

C’est un conseil qui revient souvent, mais savoir parler un minimum japonais est le conseil numéro 1.

Il faut ensuite se renseigner sur les productions des studios, et proposer un portfolio approprié. Il faut que l’employeur sente que la personne qu’il embauche va pouvoir immédiatement fournir un travail adapté aux projets en cours.

Je conseillerais personnellement de tabler sur une expérience à moyen, voire long terme. Il faut du temps pour s’adapter à la méthode de production japonaise, et les Japonais basent leurs relations de travail sur l’habitude et la confiance. Ils détestent prendre des risques.

Bref, c’est un milieu dans lequel il est difficile de rentrer. Mais une fois qu’on a réussi à s’y faire une place, le quotidien s’améliore grandement et le boulot afflue. Il est garanti que les tous les efforts que vous aurez fournis au début finiront par payer ! La patience est de rigueur.