Le réalisateur est le poste créatif qui engage le plus grand nombre de responsabilités sur une production. Il prend les décisions artistiques majeures depuis la pré-production jusqu’à la post-production. Mais, à l’image d’un chef d’orchestre, il n’a pas besoin de savoir jouer de tous les instruments à la perfection. Il n’est pas nécessaire pour un réalisateur d’être lui-même un bon animateur par exemple, mais il est primordial qu’il comprenne parfaitement le fonctionnement de l’intégralité de la chaîne de production.

Il doit avant tout être quelqu’un qui sait bien communiquer ses idées, à la fois par oral, par écrit et par le dessin, car il sera amené à diriger l’ensemble des chefs d’équipes au cours de multiples réunions.


Développement du projet et phase de pré-production

Il arrive que le réalisateur soit lui-même l’auteur dans le cas de projets d’animation originaux, mais cela reste une situation relativement peu fréquente. La plupart du temps le réalisateur est embauché par le producteur pour diriger un film ou une série. Il est choisi sur la base de ses compétences ou de son style, de ses affinités avec le matériel de base, ou simplement de sa disponibilité.

Tout d’abord, le réalisateur a son mot à dire sur le choix de l’équipe. Avec le directeur de production, il décide des talents qui rejoindront la production. Il est d’ailleurs fréquent que le réalisateur amène avec lui sur le projet des collaborateurs de longue date, designers et animateurs avec lesquels il a l’habitude de travailler.

Arrivant très tôt sur le développement du projet, il participe aux réunions d’écriture et joue un grand rôle dans l’élaboration de la trame générale de la série ou du film, puis supervise les scenarii jusque dans les moindres détails. Il fait travailler les scénaristes jusqu’à ce qu’il estime que le script soit suffisamment bon pour passer à l’étape suivante.

Même chose en ce qui concerne les designs ; des réunions sont organisées avec chaque designer (personnages, décors, véhicules, logos) qu’il briefe séparément sur ses intentions, et dont il va vérifier très attentivement le travail. Son rôle est de s’assurer que l’équipe fournit un travail cohérent et qui correspond à sa vision, tout en tenant compte des commentaires du comité de production qui peut avoir des requêtes d’ordre commercial.

Il doit également tenir compte des implications d’ordre technique ou budgétaire liées aux décisions artistiques. Le réalisateur doit toujours avoir un coup d’avance et anticiper au mieux la phase de fabrication. Un projet bien pensé dès le départ a de meilleures chances de se fabriquer sans trop de heurts.

Storyboard et passage à la production

Après les phases d’écriture et de développement graphique sur lesquelles le réalisateur travaille en équipe, vient le dessin du storyboard, étape qu’il réalise seul dans la très grande majorité des cas, du moins lorsqu’il s’agit de longs métrages. Dans le cas des séries TV, il est rare que le réalisateur soit assez rapide pour dessiner lui-même tous les storyboards, même si certains y arrivent. En général, il dessine au minimum le premier épisode, puis confie à d’autres storyboardeurs le soin de découper les épisodes suivants.

Mais il ne délègue pas pour autant toutes ses responsabilités, car il va vérifier tous les storyboards avec soin et les corriger lui-même. Au Japon, le réalisateur ne donne pas de retakes aux storyboardeurs. Il récupère le premier jet et redessine lui-même directement les séquences qui ne lui conviennent pas. C’est au storyboard, en combinant les cadrages, l’enchaînement des plans, le rythme et les attitudes des personnages selon sa sensibilité propre, que le réalisateur peut donner sa patte unique à l’œuvre.

Sur la production à proprement parler, tous les cas de figure sont possible. En fonction des projets, des plannings, des compétences du réalisateur, de sa disponibilité et sa motivation, il peut être plus ou moins présent durant la fabrication.

Dans le cas d’une série par exemple, certains réaliseront eux-mêmes des épisodes, d’autres se contenteront de checker un certain nombre de plans clefs, tandis que d’autres encore feront confiance aux enshutsu et ne vérifieront le travail qu’en bout de chaîne.

La phase de post-production

Le réalisateur sera encore une fois très présent. C’est lui qui discute avec le compositeur en lui décrivant les sentiments qu’il cherche à faire passer par la bande-son, et qui décide de la manière d’utiliser les musiques. Il est aussi systématiquement présent au montage, à l’enregistrement des voix, au mixage son et à l’étalonnage technique final.

Il est rare que l’on puisse accéder au poste de réalisateur de série et de film au Japon au cours de sa vingtaine. En général les plus jeunes réalisateurs ont entre 30 et 35 ans, c’est-à-dire au moins 10 ans d’expérience dans l’industrie.

Il y a deux voies principales pour devenir réalisateur. La première est de commencer sa carrière comme animateur (douga, puis genga) avant de devenir storyboardeur et réalisateur d’épisode. Après avoir réalisé plusieurs épisodes efficacement au service d’un réalisateur expérimenté, on peut se voir confier la réalisation d’une série.

La seconde voie consiste à commencer comme assistant de production, avant de passer à la réalisation d’épisode. Si les réalisateurs ayant un passé d’animateur ont des facilités en dessin, ceux qui ont travaillé comme assistants de production connaissent mieux la chaîne de fabrication, et seront plus à l’aise en communication.

Ce poste est accessible aux étrangers de deux manières. Dans le cas d’une coproduction avec un financement extérieur, il est possible d’être amené rapidement et avec légitimité à réaliser ou co-réaliser un projet avec une équipe japonaise. Dans le cas d’une production japonaise par contre, il faut avoir gravi les échelons au même titre que les Japonais et maîtriser suffisamment la langue. Ça ne peut donc qu’être un objectif à long terme.