Dans la société japonaise, le passage des études à la vie professionnelle ne se déroule pas comme en France. On n’exige pas d’un jeune d’avoir déjà de l’expérience pour le placer directement à un poste à responsabilité. Au contraire, on préfère embaucher des gens plus tôt et former les recrues en interne pendant plusieurs années avant de les faire évoluer.

C’est la même chose dans les entreprises créatives, en l’occurrence les studios d’animation.


Le stage, un concept traditionnellement peu répandu

Le principe de faire un stage, le temps d’un été par exemple comme c’est fréquemment le cas en France, n’existe pas vraiment au Japon. Les studios préfèrent embaucher les jeunes directement à la sortie de formations courtes, puis investir dans leur formation pendant une ou deux années, en espérant qu’ils sauront rapidement se montrer productifs.

Prendre un stagiaire pendant quelques semaines ou quelques mois n’est pas vraiment intéressant pour les sociétés. Elles vont perdre du temps à former la personne, pour au mieux la voir partir au moment où elle commencera à peine à produire un travail utile à la production. Quelle garantie les studios ont-ils, que l’étudiant souhaitera revenir pour la structure qui aura fait l’effort de le former ?

C’est d’autant plus problématique pour les stagiaires étrangers, pour lesquels s’ajoute le problème de la barrière de la langue – car malheureusement très peu de Japonais comprennent l’anglais.

Dans le secteur de l’animation, les studios doivent historiquement gérer des quantités de travail très importantes, dans des délais courts et en disposant de budgets très limités. Dans ces conditions, il est difficile pour eux d’allouer spécialement un mentor pour s’occuper d’un stagiaire. Les animateurs étant pour la plupart des freelances, ils ne sont pas toujours enclins à prendre sur leur temps de travail pour enseigner le métier gratuitement à des jeunes stagiaires.

Cependant, les choses commencent à changer doucement. Les vocations se faisant plus rares au Japon, les studios se montrent plus ouverts a l’idée d’accueillir des stagiaires étrangers, en espérant qu’ils puissent être suffisamment motivés pour envisager une embauche au Japon par la suite, et ainsi devenir une force pour eux. En outre, même s’ils sont très peu nombreux, les étrangers déjà implantés aident à transmettre cette culture du stage ; ils peuvent d’ailleurs jouer eux-mêmes le rôle de mentors, ce qui permet de contourner le problème souvent majeur de la langue.

Les démarches

La prise de contact

Commencez par vérifier les sites internet des studios qui vous intéressent. Selon le genre de stage que vous souhaitez effectuer, adressez-vous à des structures adaptées. Au-delà des grosses sociétés de production, il existe des plus petits studios spécialisés dans l’animation, le décor, le compositing, ou encore l’animation 3D. La plupart ont une page web d’informations relatives au recrutement. Ils ne mentionneront pas forcément la possibilité de stages, étant donné que la pratique est peu répandue ; mais vous devriez au moins pouvoir récupérer des coordonnées de contact. Ces sites sont presque toujours exclusivement écrits en japonais, ce qui peut rendre les choses difficiles si vous n’êtes pas familiers avec cette langue. Nous vous conseillons en tout cas de vous mettre sérieusement à l’apprentissage du japonais si vous souhaitez travailler au Japon.

Contactez le studio par un mail écrit de préférence en japonais, si vous souhaitez augmenter vos chances d’avoir une réponse. Écrire en anglais c’est prendre le risque de voir votre message tout simplement ignoré. Joignez avec votre e-mail une lettre de motivation, un CV ainsi qu’un portfolio ou une bande-démo, de préférence en accord avec le style de dessin et d’animation de la production japonaise actuelle. Pour un animateur, envoyer des dessins trop cartoonisants ou trop expérimentaux ne parlera pas aux producteurs japonais, qui valorisent davantage la performance et l’efficacité que la créativité et l’originalité. De même, envoyer des animations très fluides dans le style de l’école américaine risque de rendre les Japonais perplexes. Ils se demanderont bien pourquoi vous souhaitez tant venir ici.

Une réponse ne vous sera pas forcément adressée mais si c’est le cas, c’est très bon signe. La première prise de contact est la plus difficile. Au cas où vous seriez un adepte des réseaux sociaux, (sachez que la plupart des Japonais du secteur utilisent Twitter), une autre stratégie à plus long terme est de se rapprocher d’animateurs et de producteurs japonais, puis de requérir leur aide dans l’organisation d’un stage.

La communication avec le studio

Sachez ensuite que les studios ne diront jamais oui directement, et que les démarches et les discussions peuvent être assez longues. Vos interlocuteurs vont d’abord se renseigner sur vous, votre niveau de dessin, chercher à savoir si vous pouvez vous loger à Tokyo (où est située l’écrasante majorité des studios), connaître la durée du stage, et enfin vérifier si vous savez parler japonais. Ce dernier point étant, vous l’aurez compris, assez décisif. Il faut comprendre que les Japonais, s’ils s’engagent à vous accueillir, ne le feront pas à la légère mais dans les règles de l’art. C’est le concept de l’omotenashi, l’hospitalité extrême à la japonaise.

Après quelques échanges, le studio donnera son verdict. Ne soyez pas pressés, il est rare que les studios, souvent petits, aient des gens spécialisés dans le recrutement. Sachez que vous n’êtes pas leur priorité, donc montrez-vous patients.

Dans le cas où la société accepte de vous accueillir en tant que stagiaire, il est probable qu’elle exige l’élaboration d’un contrat, la convention de stage. Ce document sera rédigé en anglais, ce qui représentera un effort pour les Japonais. Mais comme expliqué précédemment, à partir du moment où le studio acceptera le stage, il sera prêt à fournir tous les efforts nécessaires pour que l’expérience soit une réussite pour vous.

Le stage

Il est fort probable que vous ne soyez pas impliqués directement dans une production mais qu’un senpai, c’est-à-dire un mentor, vous soit désigné pour vous donner des exercices. Le contenu de votre stage dépendra bien sûr du studio qui vous accueillera. Dans le cadre d’un stage en décor par exemple, il vous sera probablement demandé de vous exercer en perspective, et en peinture d’après références. Dans le cas plus fréquent d’un stage en animation 2D, il vous sera demandé de vous exercer à la trace de dessins (gentore 原トレ), puis d’intervalles (nakawari 中割り), le même genre d’entraînement qui est demandé aux jeunes animateurs en devenir, les dōga. En fonction de la durée de votre stage et de votre capacité à progresser rapidement, les Japonais vous feront peut-être participer directement aux productions du studio, dans un second temps et s’ils vous en estiment capable. Préférez donc des stages de durée plus longue, de 2 ou 3 mois. S’il s’agit d’un stage non rémunéré, vous n’aurez pas besoin de visa particulier. Votre statut de touriste vous permet de rester 3 mois sur le territoire japonais.

Nous vous conseillons de profiter au maximum de cette période de stage pour tisser des liens de confiance et de complicité avec les Japonais qui vous accueilleront. Montrez-vous curieux, dynamiques, et n’hésitez pas à poser des questions et communiquer au maximum. Laisser un bon souvenir de votre passage vous servira dans le cas où vous auriez envie de revenir au Japon, pour travailler cette fois avec un visa de travail. L’entreprise qui sera chargée de faire ces démarches administratives sera plus à même de le faire si elle vous connaît et vous apprécie. Qui plus est, vous aiderez également tous les autres Français qui souhaiteront faire un stage dans cette société par la suite. Un stage qui au contraire se passerait mal pourrait rendre la société réticente à retenter l’expérience.

N’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de votre expérience, et, pourquoi pas rédiger un article pour en faire profiter les lecteurs de Furansujin Connection.