Pour des lycéens passionnés de mangas ou d’animation japonaise et souhaitant devenir animateurs, l’idée de venir se former directement au Japon pourrait sembler être pertinente. Cependant la réalité n’est pas aussi simple, les formations françaises et japonaises présentant chacune leurs propres avantages et inconvénients.


L’enseignement supérieur artistique au Japon

L’enseignement supérieur se divise en deux types d’établissements : les universités et les « écoles  spécialisées » (senmon gakkō, 専門学校).

Les universités sont généralistes et proposent des diplômes reconnus internationalement.

Les senmon gakkō, comme leur nom l’indique, forment à une spécialité (coiffure, para-médical, imagerie 3D… Tout est probablement possible). Elles n’offrent pas de diplôme reconnu.

D’un point de vue purement administratif et formel, nos Beaux-Arts, Arts-Déco et Arts Appliqués trouvent leurs équivalents dans les universités. Supinfocom, qui offre une formation de niveau Master, relèverait ici également de l’université ; tandis que les Gobelins, l’EMCA ou l’Atelier, qui débouchent sur des certificats professionnels, correspondraient davantage à des senmon gakkō.

Dans le monde de l’animation, environ 50 % des gens sont issus de senmon gakkō (ou filières courtes universitaires), 35 % de l’université, 15 % sont autodidactes.

  • Les universités

Il n’y a pas de distinction Beaux-Arts, Arts-Plastiques, Arts-Déco, Arts-Appliqués, etc.

Dans la plupart des cas, il s’agit de facultés d’art au sein d’universités généralistes. Le contenu et la philosophie des cours est variable d’un établissement à l’autre ; certains sont plus théoriques, d’autres plus pratiques, d’autres orientés « expression personnelle », d’autres plus « design », etc.

Pour ce qui nous concerne, la plupart des universités d’art proposent maintenant au moins un département ou un cursus en rapport avec l’animation, le numérique ou le jeu vidéo.

Les études se font en 4 ans, par admission sur concours à la sortie du lycée (pas d’écoles préparatoires ou de « MANAA » : la préparation se fait pendant les années lycée, soit dans le cursus normal, soit en cours du soir). Le diplôme est de niveau Licence.

Après ces 4 ans, il peut y avoir un ou deux ans de Master. La plupart des élèves en art ne poursuivent pas jusque-là.

Toutes les universités sont payantes, qu’elles soient publiques ou privées. Le public est de l’ordre de 540.000 yens par an, le privé de 1.250.000 yens par an en moyenne (ajouter également des frais d’inscription). Il existe un grand nombre de systèmes de bourses ou de réduction pour les étudiants étrangers.

Prix moyen de l’enseignement :

http://www.g-studyinjapan.jasso.go.jp/en/modules/pico/index.php?content_id=17

Systèmes de bourses :

http://www.g-studyinjapan.jasso.go.jp/en/modules/pico/index.php?content_id=19

Le niveau de prestige des universités, qui correspond au niveau de difficulté des concours, est un élément essentiel du choix.

Chaque établissement a ses propres concours, souvent plusieurs. Les épreuves vont du simple entretien à des épreuves de dessin, de langue, des épreuves générales (maths, histoire, etc). Il existe de plus un « concours général » commun à toutes les universités, qui permet de choisir l’université de son choix en fonction du classement.

  • Les écoles spécialisées (senmon gakkō, 専門学校)

Ces écoles, toujours privées, proposent des formations courtes sur des sujets très précis. On y entre soit après le lycée, soit après des études universitaires pour compléter la formation ou pour se réorienter.

Le contenu des cours est en général très pratique, avec peu de fondamentaux et de théorie. Mais il est rarement très poussé.

Ce sont, en général, de grandes sociétés avec des établissements dans tout le pays, proposant aussi des cours du soir ou de la formation professionnelle. L’équivalent en France serait probablement Créapole – qui est d’ailleurs une filiale de HAL, qui a des établissements à Tokyo, Osaka et Nagoya.

Le niveau des Senmon Gakkō est généralement très moyen ; aucune n’offre de niveau équivalent aux meilleures écoles françaises.

Et mis à part les métiers nécessitant une licence, la formation ne débouche sur aucun diplôme reconnu.

Cela constitue un point gênant, car si un diplôme universitaire n’est pas formellement obligatoire pour obtenir un visa de travail, cela peut être plus compliqué sans qu’avec –  en particulier si on a peu d’expérience. Et cela est valable au Japon comme dans de nombreux autres pays.

  •  La filière courte universitaire

Il existe aussi des formations universitaires en deux ans. Le contenu est semblable à celui des écoles spécialisées, mais avec un plus grand contrôle ; et elles débouchent de surcroît sur un diplôme permettant des équivalences universitaires.

 

Les différences avec le système français

Il y a une différence fondamentale entre systèmes français et japonais : il n’y a pas de demande pour des formations longues débouchant sur des élèves ultra-formés immédiatement opérationnels.

Par rapport à la France la formation au Japon est plus courte (en moyenne 2 ans après le bac,  certains commençant même dès la sortie du lycée). Les studios ne demandent pas, comme c’est souvent le cas en France, d’avoir de l’expérience pour un premier poste. La formation est donc souvent incomplète, comparées à un cursus français qui aurait commencé par une MANAA puis un DMA, puis une formation spécialisée…

Lorsque malgré tout certains étudiants japonais choisissent un cursus plus long en université, dès les 3e et 4e années (ou parallèlement aux deux années d’école spécialisée), les élèves consacrent beaucoup de temps à la recherche d’un emploi. Les sociétés viennent démarcher les universités, un système très formel se met en place. Les élèves obtiennent alors une promesse d’embauche, souvent avant même d’avoir terminé leur projet de fin d’étude, parfois dès la 3e année.

Une fois sortis de l’école, ils sont alors en période de formation pendant 2 ans. Ce système ne concerne pas que les grosses compagnies, mais aussi les petits studios.

Comparaison de l'entrée sur le marché du travail entre la France et le Japon.

Comparaison de l’entrée sur le marché du travail entre la France et le Japon.

La différence de système entre ces deux pays, au-delà des raisons culturelles, s’explique par la structure du secteur. En France la phase de production est en grande partie sous-traitée a l’étranger. Les seuls postes disponibles sont souvent ceux de pré-production, soit des postes qui nécessitent un excellent niveau et de l’expérience. Pour trouver un emploi, mieux vaut donc suivre des formations longues et pointues.

Au Japon par contre, l’essentiel de la production est maintenue sur place. Le niveau exigé pour exercer les tâches simples de bas de chaîne n’est pas tres élevé. On y commence donc plus jeune et on progresse dans l’entreprise, en se formant sur le tas directement dans le cadre professionnel. Les conditions de travail sont difficiles mais tout le monde peut avoir sa chance. Seuls les plus motivés et talentueux pourront réussir a vivre confortablement de ce métier. La sélection se fait a posteriori.

  • En quoi suivre une formation au Japon est une mauvaise idée

Pour résumer, une formation spécialisée en animation en France permettra d’être opérationnel aussi bien en France qu’au Japon. Une formation semblable au Japon, en plus d’être chère, sera peu utile pour démarrer sa vie professionnelle en France.

Au cas où en France vous auriez visé l’intégration d’une école de prestige comme celles que l’on a citées tout au long de l’article, vous ne trouverez clairement pas d’équivalent ici.

  • En quoi cela reste une option envisageable

Venir faire ses études au Japon a beaucoup d’autres avantages : l’immersion dans le pays, une facilité accrue pour faire des rencontres, la découverte d’autres façons de vivre et de penser, l’apprentissage de la langue, la constitution d’un réseau local…

Les universités d’art au Japon proposent un enseignement très semblable à l’enseignement artistique généraliste en France – avec la même variété de contenu et de qualité d’un établissement à l’autre. Elles ont des installations et des cours permettant de s’initier à toutes les techniques artistiques occidentales : gravure, peinture, sérigraphie… Ainsi que les techniques typiquement orientales : nihonga, peinture japonaise, estampe japonaise, calligraphie, etc).

Selon les spécialités enseignées, certaines peuvent avoir de véritables studios de tournage, de motion capture… Elles sont généralement aussi ouvertes sur le milieu professionnel et la scène artistique locale, en proposant par exemples des « workshops » ou des projets en entreprise.

Dans ce contexte, la formation en animation doit s’envisager comme une spécialisation au sein d’un enseignement plus large. Ce qui est aussi, en soi, un atout pour le futur : on peut aimer l’animation et avoir envie d’en faire, sans pour autant vouloir ne faire que ça !

Les universités ont, en général, des campus « à l’américaine » avec quantité de clubs, d’associations culturelles ou sportives, beaucoup d’espace, des fêtes universitaires, des nomikai (ou soirées dans un contexte « professionnel », où l’on va boire avec ses camarades ou collègues)…

L’ouverture au monde dépend des établissements et des régions, mais les étudiants étrangers sont toujours les bienvenus.

Il n’est d’ailleurs pas obligatoire d’envisager le cursus complet. On peut tout à fait, par exemple, faire un premier cycle en France puis faire un Master en 1 ou 2 ans au Japon ; ou encore faire 4 ans de Licence au Japon, puis revenir en France faire une spécialisation.

 

Conclusion

  • Les points négatifs :

– On ne trouvera pas au Japon d’école d’animation de niveau international et permettant d’être directement opérationnel n’importe où.

–  Dans le cas où l’on aimerait pouvoir travailler ailleurs qu’au Japon, la formation ne sera sans doute pas suffisante et il faudra la compléter par une expérience concrète de quelques années dans un studio, ou une autre formation ailleurs.

  • Les points positifs :

– On trouve  quantité d’écoles d’art et de design de qualité, où l’on peut venir faire tout ou partie de ses études. C’est un cursus qui s’apparente alors à nos Art-Déco ou Beaux-Arts, avec ici ou là des spécialisations en animation.

– La langue et le réseau faisant partie des principaux freins à l’implantation au Japon, venir faire une partie des études ici est un des meilleurs moyens de lever ces obstacles. Pour ceux qui ont décidé de débuter leur carrière dans l’animation au Japon, le choix d’étudier sur place est donc à prendre en considération.

– Même si l’on n’a pas l’intention de faire sa vie au Japon, une sérieuse expérience étudiante à l’étranger est un atout dans tout CV professionnel – et à plus forte raison dans des pays plus éloignés que la « zone Erasmus ». C’est une marque de volontarisme, de curiosité et d’audace.