Les étapes de fabrication d’un anime

La production d’un dessin animé est complexe. Elle prend du temps, coûte cher et requiert les efforts combinés de nombreux techniciens et artistes professionnels, spécialisés dans des domaines variés. Les principales étapes en sont globalement les mêmes, que les oeuvres soient produites en France, aux États-Unis, au Japon, ou ailleurs.

Mais dès que l’on commence à rentrer dans le détail, on remarque de nombreuses particularités propres à l’industrie japonaise. Le charme et le succès de l’animation japonaise sont liés tout autant au talent de ses artistes qu’à son système de production unique. Le connaître permet de mieux comprendre une oeuvre, d’avoir les clefs pour analyser le résultat à l’écran.


KIKAKU (企画) / PROJET

Il s’agit de la première étape de la création d’un anime. Le projet peut être la création originale d’un studio, ou l’adaptation d’une oeuvre ou d’une licence préexistante (manga, jeu vidéo, light novel, etc).

Un dossier de projet, le kikakusho (企画書), décrit le concept et les personnages principaux accompagnés de quelques visuels. Il est présenté à différents investisseurs dans le but de financer l’oeuvre et d’en démarrer la production. Il sert également à convaincre les membres de l’équipe principale d’y participer.

Une fois le projet financé, on détermine le planning de production et l’équipe principale. Les personnes clefs sont le directeur de production et le réalisateur. Ensuite viennent le scénariste principal, les designers (personnages, décors, mechas) puis les différents chefs de département : décors, 3D, couleur des personnages, compositing, montage, etc. Les équipes d’animateurs ne se constitueront que plus tard, car avant se lancer dans la fabrication concrète de l’animation, il faut passer par la phase de pré-production.

La pré-production

La pré-production comprend 3 étapes, l’écriture, le développement visuel c’est à dire l’élaboration des designs, et le storyboard.

KYAKUHON(脚本) / SCÉNARIO

Le script est la représentation écrite de ce qui se déroule a l’écran. Il est découpé en séquences ou scenes, et comporte l’intégralité des dialogues, ainsi qu’une description des actions visibles a l’écran. Ce n’est pas un roman, mais un document technique synthétique qui sert de base au travail de mise en image du réalisateur.

Le script est écrit par un scénariste, sous la supervision du réalisateur et des producteurs. Dans le cas d’une série télé, avant de se lancer dans l’écriture en détail de chaque épisode, on établit auparavant l’arc narratif général de la saison, le shirīzu kōsei  (シリーズ構成).

DESIGN (デザイン)

Cette étape sert à définir les principaux éléments graphiques du projet. Différents designers créent des visuels de référence pour les personnages, décors, véhicules (ou robots) et objets. Le mot japonais utilisé le plus fréquemment pour parler des designs est settei (設定).

Les designers sont souvent des artistes free-lances travaillant pour plusieurs projets, et parfois même plusieurs studios en même temps. Certains travaillent également en tant qu’animateurs ou illustrateurs.

Beaucoup d’entre eux sont spécialisés dans un seul domaine (personnage, décors, mecha…). D’une manière générale, un seul designer sera chargé de créer l’intégralité des designs d’une catégorie donnée sur chaque projet. Il n’y aura par exemple qu’un seul character designer par production. Mais pour les projets plus ambitieux ou lorsque les designers sont trop occupés, il arrive que la tâche soit répartie entre plusieurs personnes.

Un assistant de production, le settei seisaku shinkō (設定制作進行), est chargé de superviser le travail de l’équipe de designers, et de regrouper leur travail dans ce qu’on appelle la bible graphique (ou setteishū 設定集) qui sera distribuée à l’équipe de production.

E-KONTE (絵ーコンテ) / STORYBOARD

Le storyboard est une première version ébauchée (rough) de tous les plans du film, sous forme de petites vignettes placées dans l’ordre chronologique, accompagnées d’explications écrites. Dans le cas de longs métrages, il est fréquent que le réalisateur s’occupe lui-même seul de ce travail. Mais pour les séries, il est rare qu’il lui soit possible de dessiner tous les e-konte lui-même ; d’autres personnes l’aident donc, en se chargeant de storyboarder un certain nombre d’épisodes sous sa supervision. Il arrive que le enshutsuka (演出家, metteur en scène) s’en occupe également.

Une fois la pré-production achevée, la production de l’animation ou sakuga (作画) elle-même peut commencer. On fait alors appel à un personnage central : le metteur en scène ou enshutsuka, qui va s’occuper de superviser la fabrication d’un épisode ou d’une portion du film jusque dans les moindres détails.

La production

GENGA (原画)/ LAYOUT + POSES CLÉS

  • 1/ Layout ou rough genga (ラフ原画) ou daiichi genga (第一原画)

En partant des vignettes du storyboard, le genga-man (animateur-clé) va prendre en charge le layout d’une séquence complète. Le fait de confier une séquence et rarement des plans éparpillés vient d’une part d’un souci de cohérence visuelle, et d’autre part d’une volonté de responsabiliser et motiver l’animateur. Il dessine les poses principales du mouvement du ou des personnage(s), des véhicules, objets et effets ; il trace le décor au trait (genzu 原図), définit l’éclairage de la scène, décide des mouvements du cadre, indique les échelles d’intervalles et le timing des poses sur la feuille d’exposition (time sheet). Tout cela constitue le layout à la japonaise, une version du plan certes rough, mais où tout est déjà en place.

Ce layout est transmis au metteur en scène (enshutsuka), puis au(x) directeur(s) d’animation (sakuga kantoku) pour être vérifié. Les superviseurs y apportent directement leurs corrections sous forme de dessins. Si le plan s’avère trop faible ou éloigné des intentions de base, ils peuvent aussi décider de le refaire entièrement sans repasser par l’animateur. Ce système permet d’avancer plus vite et de garantir une qualité constante. Une fois la phase de vérification terminée, le plan est rapporté à l’animateur pour l’étape suivante.

  • 2/ Poses-clés finales, genga (原画) ou daini genga (第二原画)

L’animateur qui avait précédemment dessiné le layout du plan reçoit son plan corrigé par les superviseurs. Il dessine les poses-clés en détail, ajoute des échelles d’intervalles et annote la feuille d’exposition.

Le plan est à nouveau transmis au metteur en scène et au(x) directeur(s) d’animation pour une nouvelle vérification.

DŌGA (動画)/ CLEAN + INTERVALLES

À partir du genga validé, le dōga-man retrace au propre à la ligne claire (clean up) les poses-clés d’animation fournies par l’animateur. Les dessins étant souvent très complexes et detaillés, différentes couleurs sont utilisées pour rendre le dessin le plus lisible possible et faciliter sa mise en couleur : les lignes de contour sont tracées en noir, les ombres sont généralement traitées en bleu, les reflets en jaune cerné de rouge, etc. Puis, en se référant à la feuille d’exposition, le dōga-man dessine les poses intermédiaires (intervalles) entre les genga pour créer l’illusion du mouvement.

SHIAGE (仕上げ) / MISE EN COULEUR DE L’ANIMATION

L’étape du shiage consiste à scanner puis à mettre en couleur numériquement (généralement à l’aide du logiciel Retas, le plus utilisé au Japon) tous les dessins composant le plan d’animation. Ce travail demande peu de compétences et est très souvent sous-traité à l’étranger. En revanche, le shikisai sekkei (色彩設計) ou personne chargée de définir les couleurs et de vérifier cette étape, est une personne expérimentée qui travaille sur place et sous la supervision directe du réalisateur.

CG / ANIMATION 3D

À partir du storyboard, le CG designer (équivalent du genga-man pour les plans 3D) conçoit et anime les éléments 3D nécessaires à chaque plan. Contrairement à la plupart des productions occidentales où les différentes étapes (modélisation, textures, rigging, animation, lighting, rendering) sont confiées à autant de personnes spécialisées, au Japon un seul technicien généraliste prend en charge l’intégralité des plans qui lui sont confiés, du layout jusqu’au rendu final. Dans les productions 2D japonaises, la 3D est principalement utilisée pour les véhicules, les robots, les foules, les scènes de danse… Ou encore certains plans nécessitant des mouvements réalistes et complexes.

HAIKEI (背景) / MISE EN COULEUR DES DÉCORS

L’étape du décor (haikei) se fait en parallèle au dōga et au shiage. Le décor trait (genzu) dessiné au moment du layout par l’animateur est mis en couleur par un décorateur, en accord avec les décors de réferences (bijutsu boards), créés par le chef décor (bijutsu kantoku). Tous les décors (environ 300 par épisode) sont ensuite vérifiés et éventuellement corrigés directement par le chef décor, avant l’envoi au compositing (satsuei). La plupart des décorateurs travaillent desormais numériquement, mais pour certaines productions les décors sont encore peints sur papier avec des techniques traditionnelles.

SATSUEI (撮影) ou GŌSEI (合成) / COMPOSITING

L’étape du compositing consiste à assembler les éléments d’animation 2D et/ou 3D (une suite d’images fixes en couleur avec un masque ou sur fond blanc) et le décor afin de créer le plan finalisé. C’est également a cette étape que l’on ajoute divers effets spéciaux (fumée, pluie, flous de caméra, effets de lumière, filtres de couleur, etc) ainsi que les mouvements de caméra (pan, truck IN/OUT, camera shake, etc). Le résultat final de cette étape est un fichier vidéo numérique non compressé. Le logiciel utilisé est traditionnellement Adobe After Effects.

Le compositing est la dernière étape de la production proprement dite. S’ensuit la post-production au cours de laquelle vont opérer des corps de métiers très différents.

La post-production

HENSHŪ (編集)/ MONTAGE

Les différents plans finalisés sont assemblés entre eux. Les timings sont ajustés et le rythme du film affiné. Dans de très rares cas, il arrive que des plans voire des séquences superflus soient supprimés à cette étape. Le réalisateur supervise toujours de très près le montage du film ou des épisodes d’une série. Pour réussir à livrer les épisodes à temps pour la diffusion (dans un climat où les productions tendent souvent à se finir à la dernière minute), on réalise des montages provisoires que l’on met à jour régulièrement tout au long du processus de fabrication.

ONKYŌ 音響 / POST-PRODUCTION SONORE

Ongaku (音楽) / Musique

Un compositeur crée la bande originale du film ou de la série. En fonction des projets et des styles musicaux recherchés, les morceaux peuvent être conçus entièrement en digital, ou enregistrés à partir de vrais instruments – voire d’un orchestre.

Koukaon (効果音) / Effets sonores

Le directeur du son travaille avec un bruiteur pour créer et synchroniser les bruitages avec l’image. Les effets peuvent être issus de banques de son, ou créés pour l’occasion.

After recording (アフレコ) / doublages

Une équipe de doubleurs enregistre les voix des personnages du film sous la supervision du metteur en scène, du réalisateur et du directeur sonore. Les prises se font avec tous les acteurs ensemble sur le plateau, en temps réel et sans bande rythmographique. Les dialogues sont recalés ou réajustés par la suite au besoin.

Dubbing (ダビング) / Montage son

Les voix des doubleurs, la musique et les effets sonores sont calés sur l’image. Les volumes sonores des différentes pistes sont ajustés entre eux pour créer un ensemble harmonieux.

VIDEO HENSHŪ (ビデオ編集) / MONTAGE VIDEO, ÉTALONNAGE

C’est l’étape finale : calage des génériques, étalonnage (ajustement des couleurs) et préparation de la cassette ou des données numériques à envoyer au diffuseur.

NŌHIN (納品) / LIVRAISON

Pour plus de détails sur les differents postes de la chaine de fabrication, rendez-vous dans la section métiers.