Diplômée de Gobelins et principalement basée en France, où elle travaille en tant que story-boardeuse sur des dessins animés français, Anaïs séjourne régulièrement au Japon. Elle y travaille comme animatrice freelance. 


  • Quelle formation as-tu et qu’est-ce qui t’a amenée à travailler au Japon ?

Avant de suivre la formation d’Animation à l’école des Gobelins (2002-2005), j’ai reçu l’enseignement des bases de l’animation traditionnelle en « squattant » le studio d’animation parisien Bibo Films en tant que stagiaire pendant 2 ans.

J’y ai rencontré des personnes qui travaillaient au Japon (Ilan Nguyen, David Encinas) ou bien qui souhaitaient y travailler (Christophe Ferreira, Eddie Mehong, etc). Entourée de cette communauté de « senpai » rêvant de partir à la conquête de l’Est, j’ai commencé à apprendre le japonais par moi-même, comme passe-temps. C’est en 2008 que j’ai décidé de m’associer au projet d’Alexandre Ulmann: un stage de 3 mois au studio Satelight. Thomas Romain et Stanislas Brunet y travaillant depuis déjà quelques années, ils ont pu faire une recommandation en notre faveur au patron du studio, et rendre ainsi cette aventure possible.

Layout sur Basquash! © Shoji Kawamori / Thomas Romain / Satelight / Basquash! production committee / MBS

Layout sur Basquash!
© Shoji Kawamori / Thomas Romain / Satelight / Basquash! production committee / MBS

  • Quel poste y as-tu occupé ?

Durant ces 3 mois de stage, j’ai reçu une formation de dōga (l’équivalent d’assistant animateur). Puis, à l’issue de cette période, Alex et moi avons reçu la proposition de revenir pour un an avec un visa working holiday (permis vacances-travail), pour travailler en tant qu’intervallistes puis animateurs sur Basquash!, un projet de série animée pour la TV japonaise. Nous avons bien sûr accepté ! Je suis donc revenue travailler au Japon pour un an, de l’automne 2008 à 2009. J’ai d’abord occupé un poste de dōga, puis on m’a confié du nigen (assistanat de poses-clefs) ; enfin, je suis passée au genga à partir du printemps 2009 (layout et animation-clé proprement dite).

J’ai également eu l’opportunité de créer quelques designs (personnages secondaires, vêtements, accessoires) ainsi que des illustrations, notamment pour une publication sur Basquash! dans les magazines Newtype et Eyes Cream.

Plus récemment en 2015, j’ai eu à nouveau la chance de faire un peu de genga, cette fois pour le studio Yapiko Animation sur le pilote  d’Urbance, un projet de dessin animé innovant – coproduction entre le Canada et le Japon.

  • Combien de temps y as-tu travaillé et comment cela s’est-il passé ?

Un an et demi en tout. Ces 3 expériences furent très différentes mais à chaque fois très enrichissantes, humainement et professionnellement.

Le rythme était soutenu cependant, car la production de série se fait dans un flux tendu serré qui nécessite éventuellement d’être disponible 24 h/24, surtout quand on arrive en bout de chaîne (pour le dōga en particulier). C’était une situation d’autant plus difficile pour moi, qui suis un peu lente par rapport au rythme de production, et parfois trop perfectionniste. Je me suis à plusieurs reprises retrouvée à passer quelques jours d’affilée au studio, ou bien à devoir éteindre mon téléphone pour échapper aux coups de fil de mon chargé de production à 4 h du matin. J’avais besoin de m’éclipser pour rentrer dormir un coup chez moi ! (rires !!)

Je pense cependant que l’on peut très bien éviter ces situations si l’on est rapide et bien organisé !

Animation clef sur Urbance. 2014 Copyright Joel Dos Reis Viegas/Steambot Studios. All rights reserved.

Animation clef sur Urbance.
2014 Copyright Joel Dos Reis Viegas/Steambot Studios. All rights reserved.

  • Et au niveau de la communication et du japonais ? 

Étant la plupart du temps dans un bâtiment séparé des autres Français, j’ai testé l’immersion totale parmi les animateurs. Tout le monde étant très occupé, j’ai mis un peu de temps à trouver des occasions de discuter, mais au fur et à mesure – et aussi « grâce » aux pauses-clope – j’ai pu parler avec un peu tout le monde : les animateurs, les chargés de production, les metteurs en scène, réalisateurs, designers… Nous partagions tous la même passion pour l’animation, et nous mettions nos efforts en commun pour le même projet ; les échanges que j’ai eus ont donc tous été très amicaux, teintés d’une franche sympathie, et nourris par la curiosité que nous éprouvions les uns pour les autres – étant issus de cultures complètement différentes.

Loin de Stupeur et tremblements (une réalité qui existe peut-être plus dans le monde froid du business), je conserve de cette période, aujourd’hui encore,  de précieuses amitiés !

  • Pour quelle(s) raison(s) as-tu quitté le Japon ?

Satelight, le studio qui m’employait, avait prévu pour moi un arrangement de paye mensuelle fixe correspondant à mon niveau de débutante au Japon. Mais malheureusement, elle s’est révélée insuffisante lorsque j’ai fini par épuiser mes économies personnelles. J’ai été pauvre les derniers mois du visa, et donc obligée de rentrer un certain temps en France pour rétablir ma situation financière ! De plus, j’avais envie de continuer à accumuler des expériences variées en France.

Je suis donc partie du Japon avec l’idée de revenir sporadiquement sur des projets précis, si jamais l’occasion s’en présentait.

  • L’expérience acquise au Japon t’a-t-elle servie dans ta carrière à l’étranger ?

Oui. D’une part, ça donne à n’importe quel employeur l’impression que tu as passé « l’épreuve du feu » ! (Rires !) Techniquement parlant, j’ai progressé en dessin et appris à faire un beau tracé de clean. De plus, le travail de genga m’a appris à concevoir le layout moi-même à partir du storyboard.

C’est très gratifiant de concevoir un plan de A à Z, cela m’a donné l’envie de faire du storyboard de série, qui est un des seuls postes du secteur de l’animation en France permettant de retrouver cet aspect de création narrative.

Trace manuelle de dōga

Trace manuelle de dōga

  • As-tu eu envie de transmettre autour de toi certaines techniques apprises sur place ?

Bien sûr !

L’organisation de la fabrication de l’animation est, à mon sens, la plus optimale qu’il m’ait été donnée de voir. J’ai aussi apprécié la technique de clean sur papier, avec un crayon et non un porte-mines, qui donne ce côté plus organique et chaleureux au tracé. Suite à cette expérience est également née l’envie de transmettre le goût de l’expatriation, que ce soit au Japon ou ailleurs !

  • Imagines-tu retravailler un jour au Japon ?

Oui, avec plaisir !

  • Quels sont les conseils que tu pourrais donner à ceux qui voudraient tenter leur chance au Japon ?

Apprendre le japonais, avoir la curiosité de comprendre les moeurs et les attitudes. Mais surtout, rester soi-même !