Animateur diplômé de Gobelins en 2001, Eddie commence à travailler comme animateur au Japon en 2003. En 2012 il crée son propre studio Yapiko animation, une plateforme pour développer spécialement des projets entre le Japon et l’Occident.


  • Quelle formation as-tu et qu’est-ce qui t’a amené à travailler au Japon ?

J’ai un diplôme en animation (CFT Gobelins). En 2003, j’ai participé à une master class avec Monsieur Yasuo Otsuka, organisée par David Encinas et Ilan Nguyen. À la fin de cette master class, Christophe Ferreira et moi avons été invités à poursuivre une formation au Japon au studio Telecom (en fait, nous avons un peu forcé la main à M. Otsuka…)

  • Brièvement, quel est ton parcours au Japon et quel job as-tu actuellement ?

Arrivé en 2003 à Tokyo, j’ai eu une formation de 3 mois en animation avec M. Yasuo Otsuka à Telecom, suivie de 9 mois de dōga (intervalles). Je suis rentré travailler en France puis en Corée les 3 années suivantes, et je suis revenu au Japon en tant qu’animateur au studio Satelight en 2007. En 2009, j’ai monté Ankama Japon (branche de Ankama France) puis je suis repassé à l’animation en tant que genga free-lance en 2011 (chez TMS principalement et Bones, Madhouse, LindenFilm, A1 Pictures, Asahi Productions).

En 2012, j’ai monté ma société Yapiko Animation avec deux collègues français qui travaillent à Paris ; je gère quant à moi la partie japonaise du studio.

Depuis, je suis producteur à Yapiko et animateur free-lance à mes heures perdues.

Dessins d'animation pour la série Space Dandy. ©2014 BONES / Project SPACE DANDY

Dessins d’animation pour la série Space Dandy.
©2014 BONES / Project SPACE DANDY

  • Les débuts ont-ils été difficiles ?

Non, car j’avais pas mal d’argent de côté. Ça s’est compliqué au bout de 7-8 mois, quand les économies sont parties. Au début, notre vie de dōga était plutôt agréable avec des gros bento ; mais sur la fin, on s’est mis à manger des cup ramen comme les autres, on faisait moins les malins.

Après, en animation, j’ai connu des moments difficiles lors des rendus à cause des plannings serrés ; mais les chargés de production sont toujours là pour vous aider. Ce qui ne m’a pas empêché de passer plusieurs nuits sous ma table pour finir dans les temps. J’ai cependant adoré l’esprit d’équipe présent dans ces moments-là, et rencontré plusieurs animateurs qui sont devenus de bons amis.

  • Niveau communication et japonais, comment ça se passe pour toi ?

J’ai passé le 5 kyu il y a quelques années, mais je dois avoir un niveau 4 kyu, ce qui n’est pas terrible pour quelqu’un qui est là depuis presque 10 ans. En gros le 4 kyu s’acquiert en 1 an en étudiant régulièrement. Ceci dit, c’est suffisant pour me faire comprendre et travailler en tant qu’animateur free-lance. Pour aller au-delà (directeur d’animation, metteur en scène…), il est nécessaire d’avoir un très bon niveau.

  • Arrives-tu à vivre correctement de ce métier ?

Oui, maintenant ça va. Une fois que l’on a les contacts et surtout que l’on connait un peu le système, il est assez facile de pouvoir en vivre correctement.

Une astuce dans les moments difficiles : faire du storyboard pour la France, mais moins on en fait, mieux on se porte.

Il y a aussi la solution animation pour pachinko, en général bien rémunérée.

  • Es-tu satisfait de ce choix de carrière ? Qu’est-ce que tu trouves ici, au Japon, que tu ne penses pas trouver ailleurs ? Quels sont les points forts de l’industrie japonaise ?

Je voulais travailler aux US au départ, mais maintenant je n’échangerais ma place pour rien au monde. Travailler avec autant de talents, avoir l’impression d’apprendre tous les jours, rencontrer des gens qui m’ont fait rêver étant jeune, ça n’a pas de prix. En plus, il y a tellement de choses à faire ici qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Les animateurs japonais ont une expérience incroyable dans la gestion des timings et la précision du dessin en animation 2D ; si bien que travailler avec d’autres pays est selon moi assez difficile pour atteindre un niveau similaire.

Leur gros point fort, je pense, est leur organisation au niveau national ; elle offre la possibilité à tout travailleur de cette industrie d’aller où bon lui semble, sans perdre ses repères. Il y a aussi la passion des animateurs ; ils ressemblent, pour certains, à des samouraïs prêts à donner leur vie pour cet art. Pour un étranger, il est parfois difficile de suivre…

Character design ©Eddie Mehong

Character design
©Eddie Mehong

  • Et quels sont ses points faibles, d’après toi ?

Le manque de renouvellement d’animateurs expérimentés. Les droits d’auteurs inexistants. Les paies trop basses pour la plupart des postes. Le manque d’ouverture sur l’étranger, même si cela tend à changer petit à petit.

  • As-tu l’intention de rester encore longtemps ? Comment vois-tu l’avenir ?

Oui, j’espère pouvoir contribuer à changer, à mon petit niveau, certains aspects archaïques de son mode de fonctionnement. En plus, cela tombe bien car on est à un moment où tous les studios pensent à se convertir au numérique, et où tout le monde explore des pistes différentes. De nouveaux marchés voient le jour, et on se sent un peu pionnier sur ce nouvel échiquier.

Pour l’instant je vois mon futur au Japon.

  • Quels sont les conseils que tu pourrais donner à ceux qui voudraient tenter leur chance au Japon ?

Parlez japonais (un minimum). Le blabla, ce n’est pas la peine ; seule l’expérience concrète compte. Sortez, rencontrez des gens. Soyez patient, l’expérience et la confiance des gens s’acquièrent avec le temps et sont fondamentaux dans cette industrie. Rendez vos boulots à l’heure !

Ah ! Et bonus : ramenez du vin et du saucisson (il y aura toujours une bonne occasion pour les donner et vous faire de nouveaux amis ou bons contacts).