Au Japon, la production des décors est rarement prise en charge dans le studio d’animation même. Dans la majeure partie des cas, ce sont des sociétés spécialisées qui s’en occupent. Ces studios, tels que Kusanagi, Bihō, Pablo ou Atelier Roku 07, pour en citer quelques uns, ont été fondés par des décorateurs expérimentés, et tous les gens qui y travaillent sont de vrais passionnés. Ces sociétés sont pour la plupart de taille très modeste, et peuvent compter de quelques employés jusqu’à quelques dizaines.

Au cours des dernières années, certains ont néanmoins créé des filiales dans des pays d’Asie du sud-est, au Vietnam par exemple, pour y former de jeunes artistes dans le but d’augmenter leurs capacités de fabrication, les jeunes Japonais souhaitant se lancer dans ces carrières se faisant plus rares.


Les budgets de production étant assez faibles sur les séries japonaises, (autour de 10 millions de yens pour la totalité des décors d’un épisode, soit environ 300 plans), les équipes sont petites et l’encadrement minimum. Une personne s’occupe du design au trait ; puis un chef décor couleur prend en charge les références couleur principales ou bijutsu boards,  en même temps qu’il supervise un groupe d’une dizaine de décorateurs; un assistant de production gère la communication avec le studio d’animation client. Parfois, lorsque les décors sont sous-traités dans une filiale à l’étranger ou chez un prestataire, seules 2 ou 3 personnes sont sur place au Japon pour s’occuper du projet. Elles assistent aux réunions avec le réalisateur, peignent les références principales, briefent les équipes et corrigent les décors qui reviennent.

Le travail du décorateur couleur

Il consiste à peindre un arrière-plan, en suivant la référence fournie par le chef décorateur et le layout provenant du client (c’est-à-dire de la société qui produit l’animation). Tout comme les animateurs prennent souvent en charge des plans successifs pour des soucis de cohérence, les décorateurs se répartissent également le travail par séquences. Cela permet de gagner en unité et en efficacité, car les décorateurs acquièrent des automatismes en s’habituant progressivement aux lieux qu’ils peignent. De grandes compétences en dessin ne sont pas forcément nécessaires, car il s’agit principalement de mettre en couleur les layouts des animateurs. Mais les animateurs eux-mêmes ayant des lacunes en perspective ou n’ayant pas toujours le temps de s’attarder sur leurs genzu (layout décor au trait), il est parfois utile que le décorateur sache corriger le layout reçu avant de passer à la couleur.

Le bijutsu board, décor couleur de référence. © 2016 Make Stuff, LLC

Le bijutsu board, décor couleur de référence.
© 2016 Make Stuff, LLC


En prenant le bijutsu settei en référence, les décorateurs créent les autres décors de la scène. © 2016 Make Stuff, LLC

En prenant le bijutsu settei en référence, les décorateurs créent les autres décors de la scène.
© 2016 Make Stuff, LLC

En fonction de la complexité du décor, certains nécessiteront plus d’une journée de travail ; alors que d’autres très simples, peuvent être faits en quelques minutes.

Les techniques employées

Certains directeurs artistiques continuent à peindre sur papier de manière traditionnelle, mais désormais la majorité des artistes travaillent en numérique avec le logiciel Adobe Photoshop. La technique digitale permet de facilement réutiliser des banques d’éléments tels que les ciels, les arbres, les bâtiments, les textures de sol ou de murs, etc. Parfois, certains décors peuvent être réalisés simplement en replaçant des éléments de la banque, ou en modifiant le décor de référence pour l’adapter à un nouvel angle de vue.

Certains studios restent très 2D dans leur approche, mais d’autres utilisent les techniques 3D de manière très intensive pour les lieux récurrents ou complexes, tels que les salles de classe ou les salles de contrôle des dessins animés de science-fiction. De nombreuses sociétés de production de décor ont des équipes mélangeant designers, peintres, modeleurs et spécialistes en textures et placement de caméra. Tous les moyens sont bons pour améliorer la productivité, à condition de garder le contrôle sur la qualité. Chaque studio développe ses propres habitudes de travail, projet après projet.

Un style réaliste qui prédomine

Dans l’immense majorité des œuvres, la manière de représenter l’espace est très « volume » et réaliste. Même les séries pour enfants comme Doraemon ont une approche stricte de la perspective, contrairement à de nombreuses séries occidentales qui aiment à déformer et écraser les décors de manière très graphique. C’est un point à prendre en considération pour ceux qui aimeraient travailler comme décorateurs au Japon.

L’autre aspect à soulever est la relative uniformité des styles de décors d’une série à l’autre. Mis à part quelques chefs décorateurs ou réalisateurs à la patte graphique très marquée, la majorité des séries partagent un style proche. Les productions s’enchaînant à un rythme effréné – les équipes étant même souvent obligées de travailler en même temps sur plusieurs projets différents – cela permet de gagner en efficacité ; et l’on ne perdra pas de temps à élaborer un nouveau style graphique, ni à devoir y former les décorateurs.

Un métier accessible aux étrangers

Plusieurs décorateurs européens, français, polonais, anglais… travaillent actuellement au Japon dans différents studios de décor. Ces studios, surchargés de commandes, peinent à recruter suffisamment de jeunes talents japonais ; ils sont donc particulièrement ouverts aux étrangers – à condition que ces derniers soient motivés pour s’investir plusieurs années, et qu’ils soient en mesure de communiquer en japonais avec leurs superviseurs. Travailler comme décorateur dans l’animation au Japon est clairement une voie que nous pouvons conseiller.