Il n’est pas indispensable d’être animateur pour travailler dans l’animation. Au-delà de l’étape d’animation en elle-même, de nombreuses autres tâches sont nécessaires à la fabrication d’un dessin animé. Le compositing est l’une d’entre elles. Situé presque en bout de chaîne de la fabrication des images juste avant le montage, le compositing consiste à assembler les éléments (personnages, décors, etc) et les filmer pour aboutir aux plans définitifs.


Le satsuei 撮影 (on parle aussi parfois de gousei 合成), c’est le nom donné à cette étape en japonais. En dehors du contexte de la production animée, satsuei signifie « prise de vue ». Lorsque l’on filme une scène avec une caméra, ou simplement que l’on prend une photo, c’est le mot que l’on utilise communément.

L’origine du terme

Dans le cadre de l’animation, le mot satsuei est devenu un terme technique spécifique, qui provient de l’époque où les images des dessins animés étaient filmées une par une à l’aide d’une caméra. Le mot correspondant en français serait le « banc-titre ». Jusque dans les années 1990, avant la numérisation des dessins et leur colorisation par ordinateur, chaque frame d’un dessin animé était une combinaison de personnages dessinés sur des celluloïdes (feuilles de plastique transparentes) et peints à la gouache, superposés sur des décors peints à la main également. Disposés sur le banc-titre grâce à un système de tenons (pour que les dessins soient bien calés les uns par rapport aux autres) et de réglettes millimétrées (pour simuler les mouvements de caméra) le dessin animé était tourné image par image sur de la pellicule. Il fallait être très minutieux, car la moindre erreur nécessitait de reprendre tout le processus, parfois long de plusieurs heures, sans parler de la pellicule éventuellement gâchée. Désormais, le processus est complètement informatisé grâce à des logiciels spécifiques. Bien que l’essentiel de la production soit encore réalisé à la main sur papier, les étapes finales de post-production sont numériques.

En français ou en anglais, le mot satsuei se traduit par « compositing ». En japonais le mot satsuei est cependant resté, ce qui peut parfois mener à des traductions malheureuses telles que « directeur de la photographie » (qui est parfois utilisé pour désigner le satsuei kantoku 撮影監督). Le terme est assez trompeur, car à la différence d’un tournage de film de prise de vue réelle, il ne s’occupe ni de l’éclairage d’une scène ni du cadrage. Sur une production d’animation ces aspects sont directement contrôlés en amont par le réalisateur. Un directeur du compositing a en général un rôle très technique, bien que les outils numériques lui offrent maintenant la possibilité d’embellir l’image grâce à différents procédés.

Le processus actuel

Pour chaque série ou film, le directeur du compositing a la responsabilité de superviser une équipe d’opérateurs ayant aussi bien des connaissances techniques qu’une sensibilité artistique. Cette équipe, en général une petite demi-douzaine de personnes, reçoit tous les éléments nécessaires à la fabrication des plans. Soit des séquences d’images pour les animations (animations 2D ou 3D, ou les deux) et des images simples pour les décors. Après les avoir importées dans un programme (Adobe After Effects est le plus fréquemment utilisé) ils entrent toutes les données de timing de chaque image, données qui ont été définies et inscrites à la main sur la feuille d’exposition ou time sheet. Suivant les indications données par le réalisateur (kantoku) ou le metteur en scène (enshutsuka) sur le storyboard ou sur la feuille d’exposition, ou bien encore communiquées directement par oral au cours des réunions, ils ajoutent les effets numériques nécessaires pour donner un aspect plus sophistiqué ou plus convaincant visuellement (effets de flous, de particules, de lumière… et filtres divers et variés).

explicationcompositing

Le directeur du compositing peut aussi prendre l’initiative de traiter l’image d’une manière particulière, s’il pense que cela peut aboutir à un bon résultat. Il est libre de proposer des idées au réalisateur, si le planning de production lui en laisse le temps. L’équipe de compositing fournit en bout de chaîne les images sous forme de fichiers vidéo non compressés, plan par plan (environ 300 pour un épisode standard d’une vingtaine de minutes). Ils seront vérifiés au minimum par le réalisateur et le metteur en scène, au cours des rushes checks (ラッシュチェック).

Au cours de ces séances d’inspection minutieuse des plans finalisés, le réalisateur, le metteur en scène et parfois d’autres personnes clefs comme le chef animateur ou le chef coloriste, repèrent les erreurs à corriger. En cas de problème, les plans sont renvoyés en correction et repassent au compositing pour être inspectés à nouveau. Une fois que tout a été validé, l’équipe compositing envoie l’intégralité des plans en salle de montage pour l’étape suivante.

La place du compositing dans la chaîne globale de production

L’une des principales difficultés du compositing est qu’il s’agit d’une des dernières étapes de la production, juste avant le montage et la livraison des images finales. L’équipe travaille quasi systématiquement sous la forte pression du planning, dans des délais très courts. Il est fréquent que les étapes précédentes, notamment l’animation, prennent un retard qui devra être rattrapé lors du compositing. L’équipe doit se tenir prête à travailler sur les plans aussitôt que les éléments arrivent, et doit souvent rendre son travail très vite, peu importe l’heure ou le jour. Journées et nuits de travail très intensives sont fréquentes, mais pas de manière continue. Chaque semaine après la livraison de l’épisode, l’équipe de compositing peut prendre le temps de souffler. En cas d’extrême urgence, le travail peut être redistribué de manière plus large en dehors de l’équipe, dans d’autres studios ou sociétés spécialisées. Toutes les sociétés de production d’animation ne possèdent d’ailleurs pas forcément de département pouvant s’occuper de cette étape en interne. Beaucoup font appel à des sociétés extérieures comme T2, un studio de compositing très réputé qui dispose d’une large capacité de production.

Un autre aspect difficile du travail, bien qu’intéressant, est que l’équipe de compositing doit parfois se charger de régler des problèmes apparus lors des étapes précédentes. Lorsqu’une animation ou un décor n’est pas d’une qualité complètement satisfaisante et qu’il n’y a plus de temps pour revenir en arrière, les « magiciens » du compositing peuvent encore agir grâce à quelques astuces et effets bien placés pour améliorer le plan final.

Faire du compositing sa spécialité

Débuter une carrière dans le compositing ne nécessite pas de compétences extrêmement poussées. Il faut certes avoir un bon sens de l’image, être organisé, bosseur et aimer travailler en équipe, mais il n’est pas nécessaire de savoir dessiner par exemple. Les jeunes commencent à ce poste tôt, parfois autour de 20 ans, et sont entièrement supervisés par le chef d’équipe. Ils peuvent espérer passer eux-mêmes directeur de compositing au bout de quelques années de pratique. Il existe aussi des postes d’assistants de production propres à cette étape, comme dans la plupart des autres domaines (3D, décors, etc.) ; assistants qui seront chargés comme toujours d’optimiser l’organisation, afin de livrer la meilleure qualité possible dans les délais les plus courts.

Les postes de compositing sont tout à fait accessibles aux étrangers. Chinois, coréens, français, on y croise des gens de toutes nationalités. La clef est une fois de plus de pouvoir communiquer en japonais. Il est aussi important de bien maîtriser Adobe After Effects. Certains plug-ins sont devenus incontournables et font désormais partie des outils de base à savoir utiliser.