Diplômé de Gobelins, Christophe commence à travailler au Japon en 2003. Tout en dessinant ses albums édités en France, dont Le Monde de Milo, il travaille comme animateur 2D ou story-boadeur sur divers projets japonais.


  • Quelle formation as-tu et qu’est ce qui t’a amené à travailler au Japon ?

J’ai suivi une formation de graphiste pendant 4 ans, avant de rentrer à Gobelins dans la section animation d’où je suis sorti diplômé en 1998.

En 2001, j’ai eu la chance de participer à la master class que M. Yasuo Otsuka donnait à Paris. M. Otsuka est un animateur très connu dans le milieu de l’animation au Japon. Il a formé directement ou indirectement beaucoup d’animateurs japonais (comme Hayao Miyazaki). Il a été chef animateur sur des séries comme Lupin the IIIrd et Conan le fils du futur, aussi bien que sur des longs métrages comme Le château de Cagliostro. Durant une semaine, il nous a expliqué les méthodes d’animation à la japonaise au travers de divers exercices. À la fin de la formation, M. Otsuka a invité qui voudrait à le rejoindre au Japon pour approfondir le sujet, et pourquoi pas y travailler quelque temps. C’est comme ça que je suis arrivé à Tokyo pour travailler en 2003 avec Eddie Mehong.

Recherches pour le projet

Recherches pour le projet « Buta ».
©Christophe Ferreira

  • Brièvement, quel est ton parcours au Japon et ton travail actuel ?

J’ai commencé par une formation de 3 mois qui survolait toutes les étapes de la production d’animation au Japon. J’ai ensuite fait des dōga (intervalles/mise au propre) durant quelques mois avant de rentrer en France en 2004, à la fin de mon visa vacances-travail.

J’ai ensuite fait plusieurs allers et retours entre la France et le Japon pour préparer une coproduction.

En 2006, j’ai enfin obtenu un visa de travail et je suis revenu m’installer à Tokyo, où je suis devenu animateur sur divers séries et longs métrages.

Depuis quelques années, je fais aussi de la bande dessinée pour la France. En ce moment je fais du E-konte (storyboard) et de l’animation sur un long métrage, en plus du travail sur mes albums en cours.

Le Monde de Milo, couverture du tome 3 (publié chez Dargaud)

Le Monde de Milo, couverture du tome 3 (publié chez Dargaud)

  •  Les débuts ont-ils été difficiles ?

Quand je suis arrivé au Japon, j’avais quelques économies qui devaient me permettre de tenir les trois mois que j’envisageais de passer a Tokyo. Avec Eddie, nous habitions un appartement loué au mois, à quelques stations de train du studio Telecom.

Suite à quelques problèmes personnels, j’ai pris la décision de rester au Japon durant un an. Les choses se sont compliquées à partir de là.

Après notre formation de trois mois, nous avons commencé à travailler comme dōga (animateurs intervallistes) au studio Telecom. Nous étions payés 180 yens par dessin…

Après quelques semaines, il était clair qu’on n’aurait, très rapidement, plus les moyens de rester dans notre appartement. Un ami nous a hébergé durant 2 mois. Grâce à lui, nous avons rencontré une dame qui nous a loué un appartement vraiment pas cher… Y habiter nous a permis de rester au Japon. Sans ça, nous aurions été obligés de rentrer en France.

Mais même dans ces conditions, nous étions tout le temps sur la corde. L’appartement était assez éloigné du studio, et on devait travailler la matinée pour payer simplement le prix du trajet pour s’y rendre… Après quelques semaines, seul l’un de nous allait au studio et rapportait du travail pour deux à la maison.

Recherches pour des projets d'animation originaux. ©Christophe Ferreira

Recherches pour des projets d’animation originaux.
©Christophe Ferreira

  • Niveau communication et japonais, comment ça se passe pour toi ?

Au début j’étais très frustré. J’avais la chance de travailler avec des animateurs très connus, mais je ne pouvais échanger avec eux guère plus que des banalités… J’avais plein de questions à leur poser mais mon niveau me l’interdisait. Quand j’assistais à une conversation sur l’animation, je ne comprenais que vingt pour cent au maximum… J’ai dû entendre des choses très intéressantes sans les comprendre, malheureusement.

Avec le temps, à force de pratiquer et d’écouter, je me suis amélioré et je peux assister à des réunions et comprendre ce qu’il faut pour pouvoir travailler correctement.

Extrait de Alcyon, BD publiée chez Dargaud.

Extrait de Alcyon, BD publiée chez Dargaud.

  • Arrives-tu à vivre correctement de ce métier ?

Oui. Mais faisant de la bande dessinée en plus de travailler dans l’animation, ma situation est un peu spéciale. Ces deux métiers que j’exerce en parallèle me permettent d’avoir des revenus plus confortables que ceux d’un simple animateur japonais.

Mais même si je ne devais faire que de l’animation, grâce a mon expérience, je m’en sortirais correctement je pense.

  • Es-tu satisfait de ce choix de carrière ? Qu’est-ce que tu trouves ici, au Japon, que tu ne penses pas trouver ailleurs ? Quels sont les points forts de l’industrie japonaise ?

Mon parcours a été chaotique mais globalement je suis satisfait de mon expérience ici. Déjà, c’est la réalisation d’un rêve. Ensuite quand on aime le dessin, c’est vraiment un bon endroit pour progresser. J’ai la chance d’avoir occupé beaucoup de postes différents dans la chaîne de production. Du dōga au storyboard en passant par le design, l’animation, le décor et même un peu de réalisation. J’aime l’idée qu’un animateur, ici, doive dessiner le décor et les personnages ainsi que les effets spéciaux des plans dont il a la charge. Cela oblige à se diversifier et à penser le plan (la séquence de plans, en fait) dans son ensemble. Je pense qu’il me serait difficile de travailler sur une production où je serais chargé de ne m’occuper que d’un seul personnage sur mes plans.

Si on parle d’industrie à l’échelle du pays, l’un des principaux points forts à mon avis est la standardisation des techniques et du matériel. Un studio peut aider un autre studio sans aucun problème. Un animateur passe d’un studio à un autre sans rien changer de ses habitudes, ou presque. Ensuite, le système est fait pour qu’à chaque étape de la production,  théoriquement, le plan s’améliore. Il y a toujours quelqu’un qui va corriger et améliorer les dessins des animateurs ou des intervallistes.

Cela peut être frustrant, mais pour le projet c’est un plus.

Visuel promotionnel de Hirune Hime, long métrage d'animation japonais sur lequel travaille Christophe Ferreira. ©2017 ひるね姫製作委員会

Visuel promotionnel de Hirune Hime, long métrage d’animation japonais sur lequel travaille Christophe Ferreira.
©2017 ひるね姫製作委員会

  • Et quels sont ses points faibles d’après toi ?

Les salaires n’évoluent plus depuis plusieurs dizaines d’années et ne sont vraiment pas très élevés par rapport au nombre d’heures passées à travailler, et à l’augmentation du coût de la vie.

  • As-tu l’intention de rester encore longtemps ? Comment vois-tu l’avenir ?

Je ne me vois pas rentrer en France où ailleurs de sitôt… J’ai une famille ici maintenant et j’ai ma petite vie. Il y a encore tellement de choses à faire et de personnes à rencontrer…

  • Quels sont les conseils que tu pourrais donner à ceux qui voudraient tenter leur chance au Japon ?

Il y a un manque évident d’animateurs, ici. Dans l’absolu, il est possible de trouver du travail assez facilement. Il y a tout de même quelques critères à remplir ; par exemple, il faut avoir un niveau de japonais suffisant pour comprendre les directives du réalisateur. Ensuite, il faut être prêt à faire beaucoup d’effort pour s’adapter au système et au rythme de travail. Et enfin, il faut avoir un niveau technique suffisant pour satisfaire la production et rentrer dans leur liste d’animateurs à contacter à l’avenir. Une fois cette première étape franchie, tout se passe par le bouche à oreille et les propositions arrivent d’elles-mêmes. Il faut donc bosser sa technique (perspective, personnage, mouvements, etc) et le japonais.