Ancien de l’EMCA, Cédric commence à travailler pour le Japon en 2005 en tant qu’animateur 3D. Passionné par l’animation traditionnelle il réoriente sa carrière en 2009. Depuis, il travaille comme animateur 2D freelance sur de nombreuses séries et films japonais tout en occupant un poste d’enseignant universitaire.


  • Quelle formation as-tu et qu’est-ce qui t’a amené à travailler au Japon ?

Après un lycée d’Arts Appliqués, j’ai fait une année d’expression visuelle à Marseille. J’ai ensuite suivi une formation 3D à l’ILOI (à l’île de la Réunion), avant d’intégrer l’EMCA, l’école d’animation traditionnelle d’Angoulême.

  • Brièvement, quel est ton parcours au Japon et quel job as-tu actuellement ?

J’ai occupé plusieurs postes en 3D, qui allaient du board à l’animation en passant par le modeling, le rigging et le rendu, pendant 6 ans. J’ai ensuite enchaîné en animation traditionnelle au poste de genga (animateur clef) à Ankama Japan, et je suis depuis en freelance. J’ai touché un peu à tout mais je suis principalement animateur. Je fais du genga et parfois du design.

Layout d'un plan de la série Sekai Seifuku. ©hunting cap brothers/Aniplex・征服実行委員会

Layout d’un plan de la série Sekai Seifuku.
©hunting cap brothers/Aniplex・征服実行委員会

  •  Les débuts ont-ils été difficiles ?

En 3D non, c’était plutôt simple ; mis à part les heures de travail (de 10 à 12 heures au moins par jour), la paie et le boulot n’étaient pas un problème. Pour ne rien gâcher, l’équipe était accueillante et l’ambiance sympa. En 2D le début à Ankama Japan se passait plutôt bien aussi, la vraie difficulté a été de commencer en tant qu’animateur freelance. J’ai passé ma première année avec une moyenne de 12~14 heures quotidiennes, weekends compris et avec des nuits blanches régulières toutes les semaines.

  • Niveau communication et japonais, comment ça se passe pour toi ?

J’ai eu la chance de débuter dans une boîte de 3D dans laquelle 2 personnes parlaient couramment anglais. J’ai donc commencé en anglais en apprenant le japonais au fur et à mesure, en parlant tous les jours avec les membres du studio. Mon niveau actuel n’est pas parfait, mais il me permet de ne plus avoir de problème de communication au boulot et de donner des cours d’animation à des étudiantes japonaises dans une école d’art sur Tokyo.

Illustrations originales. ©Cédric Hérole

Illustrations originales.
©Cédric Hérole

  • Arrives-tu à vivre correctement de ce métier ?

Oui, je suis arrivé à un point où je peux avoir des contrats de prods, et donc avoir un salaire fixe pendant ces périodes. Mon boulot de prof m’aide aussi grandement. Je peux me permettre d’économiser un peu, de ne pas travailler le dimanche et de ne plus faire de nuit blanche (enfin je l’espère).

  • Es-tu satisfait de ce choix de carrière ? Qu’est-ce que tu trouves ici, au Japon, que tu ne penses pas trouver ailleurs ? Quels sont les points forts de l’industrie japonaise ?

Oui, je suis content de mon expérience ici au Japon, je ne me voyais pas trop travailler ailleurs en fait. Même si les statuts avantageux des animateurs en France me font envie, je ne ressens pas le besoin d’y retourner pour y travailler.

Le point fort de l’animation au Japon, pour moi, est la variété dans les dessins que je peux produire en tant qu’animateur. Je peux m’amuser à dessiner les personnages avec les décors, et avoir ainsi une meilleure vision globale de mes plans. Je trouve le poste d’animateur au Japon ultra formateur en dessin pur.

Séquence d'animation de Space Dandy, animée par Cédric Hérole. © 2014 Bones / Project Space Dandy

Séquence d’animation de Space Dandy, animée par Cédric Hérole.
© 2014 Bones / Project Space Dandy

De plus, n’étant pas de nature à vendre mes « exploits » et mes compétences j’ai toujours été rebuté par le système d’embauche français. Faire des tests et négocier son travail pour chaque prod me fatiguerait rapidement. Je n’ai jamais fait de test au Japon parce qu’on entre dans une prod directement ; si ça ne marche pas on est remercié, si ça marche on continue. Dans tous les cas on est payé pour la période de « test », car c’est un boulot à part entière.

Animation d'effets spéciaux dans le premier épisode de Sekai Seifuku. ©hunting cap brothers/Aniplex・征服実行委員会

Animation d’effets spéciaux dans le premier épisode de Sekai Seifuku.
©hunting cap brothers/Aniplex・征服実行委員会

  • Et quels sont ses points faibles d’après toi ?

Les plannings qui se chevauchent tout le temps, et qui nous obligent à constamment travailler sur plusieurs projets à la fois ; ainsi que les salaires relativement faibles dans l’industrie. Le statut d’animateur (et d’artiste en général) n’est pas protégé, il est donc difficile de prendre des vacances.

  • As-tu l’intention de rester encore longtemps ? Comment vois-tu l’avenir ?

Ça fait dix ans maintenant que je me pose la question, je n’en sais rien en fait. Ça dépendra du boulot et de mes envies. Pour le moment je me plais au Japon et rien ne me fait envie ailleurs, donc je ne prévois pas de partir.

Dans l’avenir, je pense continuer à faire ce que j’ai toujours fait, c’est-à-dire tester diverses choses. Dans 10 ans je pourrais très bien être encore animateur, ou bien être passé à autre chose.

Illustrations originales. ©Cédric Hérole

Illustrations originales.
©Cédric Hérole

  • Quels sont les conseils que tu pourrais donner à ceux qui voudraient tenter leur chance au Japon ?

De tout simplement tenter leur chance (et d’apprendre un peu le japonais quand même).