Christophe Defaye, Français expatrié au Japon depuis 20 ans, est un pionnier de l’animation en image de synthèse qui a réussi a s’imposer dans l’Archipel comme un prestataire haut de gamme auprès de nombreux clients japonais. Il nous parle de sa société, Aoki studio, dont le siège est situé au cœur du quartier jeune et branché d’Harajuku.


  • Bonjour Christophe. Pour commencer, nous aimerions que tu nous parles d’abord un peu de ton parcours. D’où viens-tu ? Quelle formation as-tu et qu’est-ce qui t’a amené au Japon ?

J’ai fini mes études d’architecture à Bordeaux en 1995, et je suis venu juste après au Japon par curiosité pour les villes contemporaines. J’aime beaucoup les villes traditionnelles européennes, mais je voulais aussi connaître la modernité asiatique.

Tokyo m’a plu dès les premières minutes. J’avais décidé de rester quelques semaines, mais en 2016 je suis encore là… Donc 20 ans passés au Japon. J’ai d’abord travaillé quelques années dans un bureau d’architecture japonais, puis je suis retourné en France pour créer le studio AOKI avec des partenaires français (Olivier Defaye, Bruno Pellier et Makiko Aoki). Dans un premier temps, nous avons surtout produit des images et des films d’architecture, puis nous avons évolué vers la communication et le divertissement. Le Japon m’a manqué très rapidement, et je suis revenu un an après pour créer l’équivalent du studio français au Japon. Nous avions choisi le nom AOKI dans un contexte français pour exprimer nos affinités avec le Japon ; de retour au Japon, ce nom était évidemment plus que commun, mais nous avons quand même décidé de le garder. Les studios japonais choisissent des noms français ou anglais pour se créer une image. Nous, c’est l’inverse !

Christophe Defaye

Christophe Defaye

 

  • Pourquoi le choix de monter ton studio d’animation au Japon ?

Pour des choix de vie quotidienne ; je préfère vivre et travailler au Japon

  • Pourrais-tu nous décrire Aoki studio ? Sur quel genre de projets travaillez-vous ? Quelle est la taille du studio ? Qui sont vos clients ? Si vous travaillez plutôt avec des équipes françaises ou japonaises ?

AOKIstudio est présent dans 3 pays : le Japon, la Chine et la France. Nous travaillons principalement avec des freelances ; en France, cela consiste généralement à trouver les bons artistes pour nos productions japonaises. À Shanghaï comme à Tokyo, une équipe permanente de 6 personnes gère les projets avec les freelances. Le studio japonais est très mixte, mais les échanges se font principalement en japonais.

Nos productions sont principalement des films publicitaires pour la télévision japonaise, même si récemment nous avons de plus en plus de commandes de spots publicitaires pour le web, ou pour l’événementiel. Nos clients sont japonais.

One Piece - Publicité web

One Piece – Publicité web

En parallèle, nous développons nos productions personnelles, principalement des films éducatifs et amusants pour les enfants. Voici deux exemples :

http://www.lamimusical.com

http://www.aokistudio.com/roberto/roberto_goodies.html

  • Qu’est ce qui fait votre différence et donc votre force, par rapport aux studios japonais ?

Nous travaillons principalement avec des artistes français, et c’est ce qui fait la différence. Nos ambiances sont souvent très sombres, et nous utilisons beaucoup la profondeur de champ ou les flous. Les publicités japonaises jouent au contraire souvent sur des ambiances très claires, pour bien montrer le produit. Je dirais donc que notre force, ce sont les ambiances que nous créons. Olivier Defaye et moi-même travaillons comme directeurs artistiques sur les films publicitaires ; quand un client fait appel à AOKIstudio, c’est d’une part pour des prestations d’animation, mais aussi beaucoup pour l’importance que nous accordons au design et à l’atmosphère d’un film.

Geek Pictures - Ident movie

Geek Pictures – Ident movie

  • Peux-tu nous parler de la difficulté de s’implanter au Japon pour un chef d’entreprise étranger ? Les Japonais sont en général plus méfiants vis-à-vis des sociétés étrangères et n’aiment pas prendre de risques. Avez-vous eu du mal pour débuter ?

Oui, les Japonais sont méfiants de nature, et ils aiment souvent travailler entre copains d’université. C’est donc très difficile de créer des relations de confiance, et cela prend du temps. En tant que Français, nous avons cette chance que la curiosité des Japonais, combinée à l’aura internationale de la France, aident à créer les premiers pas.

Trouver notre premier client nous a pris 6 mois.

  •  Quelle langue parle-t-on à Aoki ? Faut-il savoir parler japonais pour travailler au Japon ?

Le japonais, comme indiqué précédemment. Oui, il faut savoir parler japonais.

Clip musical - Inoue Yosui

Clip musical – Inoue Yosui

  • Selon toi, quels sont les points forts des artistes/techniciens français par rapport à leurs collègues japonais ?

Nous avons de très bonnes écoles d’animation en France. Le point fort des artistes français est qu’ils sortent de l’école déjà prêts à travailler ; alors que les artistes japonais, après moins de deux ans d’études en général, doivent tout apprendre au sein du studio. Après bien sûr, notre culture et notre éducation françaises font que nous fabriquons des images différentes, et c’est aussi un point fort.

 Inversement, quelles sont les qualités que tu trouves plus facilement chez les Japonais ?

Les Japonais sont très respectueux des autres. Ils sont aussi très serviables, et c’est un avantage incomparable par rapport aux Français qui ont une forte culture de revendication ; il est par exemple très difficile de demander à un artiste français des modifications sans redouter qu’il soit de mauvaise humeur. Un Japonais se mettra quant à lui toujours à la place de l’autre, et fera donc naturellement son travail.

  • Comment est la conjoncture actuelle dans le milieu de l’animation ? Comment les affaires évoluent-elles pour vous ?

En ce moment la situation économique est bonne, et je pense que tous les studios comme le nôtre sont débordés.

Concernant les outils, la réalité virtuelle est de plus en plus présente.

  • Quels sont vos projets à venir ?

Les applications pour smartphone, les projets interactifs, la réalité virtuelle. Nous travaillons beaucoup avec le logiciel Unity récemment. Il est très utilisé dans le domaine des jeux vidéo, mais pas encore beaucoup dans le domaine de la communication et du marketing. C’est un domaine très intéressant pour nous car il nous permet d’allier notre savoir-faire artistique et technique de la 3D avec les nouvelles technologies et la programmation.

Le prochain projet à venir est une production 100 % AOKIstudio ; c’est à la fois un jeu pour smartphone et un court-métrage d’animation. Le principe est de mélanger trois histoires pour enfants, et le joueur peut choisir le scénario.

 

Projet original

Projet original

  • Nous savons que tu cherches à promouvoir des courts-métrages d’animation indépendants destinés aux enfants. Peux-tu nous parler de cette initiative ?

En cherchant des films intéressants à montrer à nos enfants, Olivier et moi nous sommes rendus compte que les enfants n’avaient finalement que peu de choix, surtout au niveau des courts métrages qui sont pourtant un format correspondant parfaitement aux plus petits. Parallèlement, beaucoup de réalisateurs et réalisatrices cherchent à montrer leurs films, et les mettent en ligne gratuitement sur des plates-formes comme Vimeo.

Nous avons donc eu envie de montrer aux enfants des films qu’ils n’ont pas l’occasion de regarder habituellement, tout en permettant à ces projets d’avoir une meilleure visibilité. Nous avons créé un blog pour les parents et les enseignants :

http://www.films-pour-enfants.com

Nous créons actuellement une visionneuse pour enfants, une nouvelle interface qui doit permettre aux plus petits de choisir et regarder ces films très facilement. Nous réfléchissons aussi à la création d’un festival de films pour enfants, qui irait à leur rencontre dans les écoles et les hôpitaux.

Nous avons, dans ce but, créé une base de données des festivals de films pour enfants. Les news des festivals sont actualisées chaque mois :

http://childrenfilmfestivals.blogspot.com

  • Quels sont les conseils que tu pourrais donner aux jeunes étudiants d’écoles d’animation françaises qui seraient intéressés pour venir travailler au Japon ?

Dans un premier temps, venir au Japon et rencontrer des gens.

Je vous conseille également d’étudier des logiciels comme Unity ou Unreal, car ils sont de plus en plus utilisés.